Pourquoi je ne mettrai pas de panneaux électoraux

Pourquoi je ne mettrai pas de panneaux électoreaux

La législation électorale est un bon indicateur de la manière dont les pays conçoivent la  protection de la démocratie nationale. En Norvège, il est par exemple interdit de vendre de l’alcool les jours d’élection pour éviter que les Norvégiens, friands d’aquavit, ne se retrouvent ivres dans l’isoloir.

Étant nouveau candidat, je me suis plongé voici quelques semaines dans la loi belge sur les dépenses électorales. De toute évidence, elle tend, à juste titre, à donner à chacun les mêmes possibilités de campagne. En fonction de la liste sur laquelle il figure, les dépenses du candidat sont limitées à un certain montant. L’objectif de ces plafonds est d’éviter une surenchère peu démocratique et un mélange des genres avec les intérêts industriels à l’américaine.

L’interdiction de l’alcool en Norvège manque tout autant de pertinence que notre interdiction de la publicité politique payante sur internet et dans les médias sociaux en période de réserve électorale. Si le plafond de dépenses ne change pas et est quasiment le même pour tous les candidats, où est le problème?

Les candidats sont obligés de se munir de leur bêche, marteau, colle, brosse et papier et après un premier tour laborieux d’apposition des affiches, le ballet du surcollage entre équipes rivales peut commencer. Les vandales sont gentiment invités à ne pas garnir les affiches de moustaches, yeux bleus et autres dents noires. Mais n’est-ce pas tentant pour l’électeur après tous ces regards décochés pour obtenir ses faveurs?

Bref, même si elle s’accompagne d’un folklore politique amusant, la loi électorale ne semble plus en phase avec les moyens de communication actuels. La législation n’est-elle pas aussi quelque peu hypocrite et contraire à la liberté d’expression ? La jurisprudence anglaise indique par exemple qu’une telle interdiction serait contraire au fameux article 10 de la Charte européenne des droits de l’homme. Les partis peuvent dépenser des fortunes pour créer des vidéos pleines de créativité mais pas pour les diffuser.

En Hongrie, le Premier ministre Viktor Orban – controversé s’il en est – a récemment réduit considérablement la liberté de placer des panneaux et affiches politiques. Les ONG y ont vu une manœuvre pour museler ses adversaires politiques. Les choses ne doivent pas prendre un telle tournure chez nous mais des alternatives valables doivent être possibles et la législation belge en matière de dépenses électorales doit être adaptée à l’ère numérique (pour mieux coller à son temps). Avec cet archaïsme dans la législation, on rejoint tout à fait la récente polémique autour des taxis d’Uber et du couchsurfing.

Si tu veux changer le monde, disait Gandhi, commence par te changer toi-même. Vous me verrez peut-être sur une affiche à une fenêtre ou sur un flyer mais la course au panneau électoral n’est décidément pas pour moi. Au Japon, il est interdit aux mineurs de retweeter un message politique. En Belgique pas.